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.:Chapitre 2:.
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Pieds et mains liés. Vraiment? Non, mais c'était tout comme. Un sentiment intense d'étouffement, comme si un bâillon serré lui coupait la respiration. Sa poitrine enfoncée sous les coups résistaient difficilement. Une cage d'os trop fragile, dernier rempart avant l'organe vital. Des yeux qui se ferment, lâchant leur prise sur l'horizon. Un corps qui heurte le sol et la volée de flèche qui ne cesse pas. L'étincelle vacillante de sa vie balancée entre Terre et Mer. Une lèvre éclatée sur l'asphalte bouillant. Dans un dernier geste, foudroie le visage ensanglanté. Se retournent et s'en vont. Sans nom.
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Joan marchait. Un pied devant l'autre. Une danse éternelle qu'elle pratiquait sans relâche nuit et jour. Elle avait abandonnée sa cigarette encore fumante sur les escaliers du parc et déjouant le piège de l'obscurité, se trouvait maintenant dans l'artère principale du quartier. Une ville en elle-même. Un petit coin d'enfer comme il y en avait trop. Des pensées brûlées, fumaient dans son regard cendré. Magnifiques iris obscures éteint sous le clair de lune. Quelques regards furtifs et vagabonds sur les côtés, histoire de se rassurer. Remonter le col de sa veste et enfouir son visage dedans. Caché du monde, caché de soi.
La nuit semblait toujours tomber un peu plus, comme n'accordant aucune fin à la décadence des couleurs. Son esprit vide pourtant trop encombré errer à sa guise. Au prise avec de vieux démons, Joan n'entendait pas les interpellations dont elle était sujette. Après tout, quelle importance ça pouvait bien avoir? Aucune. Rien. Une poussière d'étoile dans une vie sordide. Des gémissements plus ou moins étouffés s'élevaient autour d'elle, formant un assemblement de notes dignes des plus médiocres symphonies. Un rictus d'une nature inconnue la dévisagea. Elle ferma les yeux et respira un grand coup. Elle continua de marcher la tête haute, la gorge nouée de dégoût, les yeux plissés, passant tantôt dans l'obscurité la plus complète, tantôt sous le hâle chancelant des lampadaires. Elle déambulait au hasard des rues, au hasard de sa vie. Ne craignant pas que le mur nuageux ne s'abatte sur elle. La pluie, elle aimait ça. Morose et froide. Sinistre et grisé. Tout comme elle. Défoncée à l'oxygène. C'était bien plus bon que les dérivés d'opium qu'elle avait pu goutté au court de sa courte existence.
L'été battait son plein. Il faisait encore agréablement chaud ce soir là, suffisamment pour aimer à se promener. Une fois le pied mis hors de la rue centrale, la brune souffla un bon coup, sachant le calvaire terminé. Mais, déjà, des bruits de talons aiguilles claqués avec frénésie sur l'asphalte lui annoncèrent la fin de ses quelques secondes de répit.
« hé Joan! »
Elle ravisa son air enjoué. Elle ravisa la micro-goutte de soulagement filtrée dans son sang. Elle se ravisa tout simplement. Un demi-tour sur la droite et voilà un visage décharné qui s'empare de sa vision.
« Bonsoir Lexie! »
Un oiseau de mauvaise augure. Une bouche à malheur. La boîte de pandore enfermée dans un corps. Des joues creuses, un regard sans reflet mais un sourire éclatant. Un sourire malgré tout heureux. La respiration rauque de Lexie déchirait le calme de la nuit. Chaque souffle semblait lui arracher les voix respiratoires. Joan n'aurait pas été surprise de la voir recracher un bout de poumon. Non, ça lui aurait presque parut normal. Bien que ça ne le soit aucunement. Cette dernière la regardait de haut, méprisante. Penchée ainsi, Lexie donnait à voir les reliefs de sa poitrine généreuse à peine cachée dans leur prison de polyester. Amie? Certainement pas. Une simple connaissance, rien de plus.
La brune croisa les bras sur sa poitrine, toisant sa vis-à-vis de haut en bas. La patience se consumait. Bientôt, il serait trop tard.
« Alors, qu'est-ce qui se passe? »
Son interlocutrice se releva. Perchée sur ses talons, elle était en réalité bien plus grande que Joan. Ne l'impressionnant pas des masses, cette dernière ne changea pas d'expression envers la prostituée.
« Tom... réussit-elle à prononcer difficilement. »
Tom. C'était tout. Pas besoin d'autres indications, c'était compris. La nouvelle digérée, la brune souffla d'indignation. Avec ou sans elle, il était toujours le même. Maladroit, prétentieux et inconscient. Elle lança un dernier regard désespéré à la rue déserte dont elle aurait du fouler le sol et, rebroussant amèrement chemin, répondit à sa compagne:
« Pff... Okay, je te suis! »
Lexie ouvrit la marche. Différence. Indifférence. Son bassin heurtant âprement l'air à chaque pas. Joan, restait en retrait. Le dégoût. Voilà ce que lui inspirait la silhouette fuselée de sa compagne. Sortie tout droit d'un moule. La perfection brimée par l'humain. Pygmalion aurait eu le c½ur brisée de voir tant de mains sales parcourir sa peau satine. Un haut le c½ur atroce et une grimace achevèrent sa réflexion. Une masse difforme se dessina au sol. Des plaintes sonores s'élevaient tout autour des jeunes filles si bien qu'elles ne pouvaient en préciser la provenance avec exactitude.
Le dos appuyé contre le mur, Tom semblait bien mal en point. Il paraissait harassé, épuisé, au bord du gouffre. Joan s'accroupie auprès de lui et, grâce à la lueur du lampadaire à proximité, inspecta le visage de son vis-à-vis. Elle saisit son menton entre ses deux doigts et le dirigea clairement dans la lumière. Au vue des plaies et des bleus, elle se pinça les lèvres s'empêchant ainsi de laisser échapper un soupir révélateur. La vérité, c'est qu'elle avait mal pour le pauvre Tom. Son visage boursouflé le rendait presque méconnaissable.
Plainte inaudible et ravageuse. Un frisson fébrile secoua le garçon. La douleur rendait son corps mou, tel un nuage de coton électrique. La torture prit fin quand Joan se releva. L'air grave, elle s'exclama:
« Ils ne l'ont pas raté ces salauds..! »
Lexie hocha la tête avec vivacité. L'état du jeune homme ne la laissait pas de marbre. Ce n'était pas son ami. Juste une connaissance d'une connaissance, mais, elle compatissait. Peut-être était-elle un peu trop sensible, pensa la brune, ou bien trop naïve.
Derrière la blonde, Joan remarqua un adulte reluquant sa vis-à-vis sans grande discrétion. Comprenant maintenant le regard suppliant que lui lançait la prostituée, elle acquiesça d'un signe de tête et se rabaissa au niveau de Tom. Lexie, quant à elle, disparu de la rue, aussitôt happé par l'homme.
Un fardeau inanimé au sol. Voilà ce qu'était le dreadé. Incapable de tout mouvements, incapable de toutes paroles. Pourquoi l'aider? Oui, vraiment. Pourquoi approuver sa naïveté et son audace?
« Idiot! T'es qu'un idiot Tom, tu le sais ça? »
Des questions rhétoriques, sans jamais une réponse. Seul le silence perforait de gémissements semblaient souffler quelques mots dans le vent.
« J ..Joan, appela-Tom tentant d'ouvrir ses yeux gonflés.
-Non, ne bouge pas Tom!, lui ordonna-t-elle sur un ton autoritaire. »
La garçon se tu, sans doute trop affaibli pour répliquer quoi que ce soit et encore moins pour bouger. Il fut pris d'une violente quinte de toux, l'obligeant à recracher le sang qui lui obstruait la gorge. Ne sachant pas bouger, son tee-shirt fut bien vite maculé du liquide. La brune commençait à paniquer légèrement. Derrière son masque placide, l'agitation battait désormais son plein et le liquide rouge qui s'échapper des plaies béantes du garçon n'y était certainement pas pour rien. Pendant un instant, elle cru se voir l'abandonner sans scrupule. Certes, elle était loin d'être amical mais de là à laisser Tom au main de tous ces vautours. Non, elle n'était pas aussi insouciante qu'il n'y paraissait. Elle saisit donc, le bras gauche du garçon et tira dessus, lui demandant de faire un effort pour se lever. L'ascension dura longtemps. Le corps tremblant du jeune homme glissait entre les mains de la brune et lui, trop faible, n'avait de force que pour pousser des plaintes plus douloureuses les unes que les autres.
Quand il fut enfin stable sur ses deux pieds, Joan passa le bras gauche du jeune homme sur ses épaules et l'aidant à marcher, commença à remonter la rue. Elle était irritée mais gardait son calme. Aider les gens n'était pas dans ses habitudes. Alors, deux fois dans la même journée, ça frisait le comique.
« Parfait dans la faiblesse. Je suis uniquement parfait dans la faiblesse. Quand mes yeux se meurent et pleuvent sur le béton, je brouille ma vue et le monde semble plus beau. Ma désillusion illusoire me vole aux sentiers de la gloire. Plus heureux dans la pénombre que dans le monde des ombres. Je suis la silhouette sans nom. »Brokenidols